Letters to the Editor
Délirium associé à lazithromycine
Cher redacteur :
Le délirium est rarement associé à ladministration
dantibiotiques (1). Deux cas sont ici rapportés où
le délirium coïncide avec ladministration de certains
antibiotiques de type macrolide au dosage quotidien de 500 mg intraveineux
durant quatre jours.
Cas A
Il sagit dun patient de 70 ans hospitalisé depuis
deux mois. Le patient a été trouvé inconscient
à domicile. Il a souffert de rhabdomyolise associée
probablement à ladministration dun hypolipémiant.
Après un long séjour aux soins intensifs avec une
ventilation mécanique de plusieurs jours, une pneumonie et
un état de choc, une longue liste de complications dont une
polyneuropathie et des difficultés de déglutition,
le patient a demandé à être vu en psychiatrie.
Il est alors alerte, grabataire. Il présente un certain cynisme
lié à sa condition clinique difficile. Il ny
a pas délément psychotique manifeste. Le patient
semble souffrir dêtre complètement dépendant
à cause de sa maladie. Dans les jours qui suivent, le patient
fait une surinfection pulmonaire et il est traité à
lazithromycine. Au jour 1 de ladministration du médicament,
aucun symptôme particulier nest noté. Au jour
2, dès la nuit, le patient est confus, incohérent.
On note des propos désorganisés et de la confusion
dans le temps et lespace. Le lendemain, le patient paraît
tenir un discours délirant par rapport à son frère
qui aurait détruit son automobile. Il indique que le téléphone
parle. On note, au jour 3, des hallucinations visuelles; le patient
est confus et crie. Au jour 4, le patient est toujours confus, il
parle seul, est toujours désorienté et a des hallucinations
visuelles et auditives. Ladministration dantibiotiques
est cessée et le patient se rétablit durant la journée
qui suit en disant quil a eu des médicaments trop forts.
Il revient alors à létat normal antérieur
tel que constaté au premier contact. Le patient ne recevait
pas alors durant cette période dautre médicament
comme des narcotiques qui auraient pu être responsables de
son état. Il ny a pas eu de pic fébrile ni daltération
des ions ou enzymes hépatiques.
Cas B
Cest un patient de 75 ans qui a subi, il y a trois mois,
une lobectomie supérieure droite pour une tumeur de Pancoast.
Il a fait, par la suite, un long séjour aux soins intensifs
pour une pneumonie avec choc septique et un syndrome de détresse
respiratoire aiguë. Par la suite, durant neuf jours, il est
mis sous hémofiltration et ultérieurement, une trachéotomie
est pratiquée. Par la suite, une encéphalopathie est
diagnostiquée. Le TDM cérébral montre un peu
datrophie sans accident cérébrovasculaire. Le
sevrage du respirateur est difficile mais est finalement accompli.
Le patient est vu en consultation psychiatrique à ce moment,
en récupération dencéphalopathie. Il
est vigile, présente une asthénie importante. Il est
calme mais facilement dyspnéique. Le contact verbal et visuel
est bon quoique limité à cause de la trachéotomie.
Il ny a pas dévidence alors de symptôme
psychotique bien que le patient soit légèrement désorienté.
Une semaine plus tard, le patient fait une infection respiratoire
et le traitement à lazithromycine est débuté.
Peu avant le début du traitement, le patient fait un état
de détresse respiratoire et un protocole à la scopolamine
0,4 mg sous-cutané, une fois par jour, a été
instauré et administré aux jours 1 et 2 du traitement
à lazithromycine. Le patient a aussi reçu de
lhydromorphine 1 mg sous-cutané 5 fois, le jour 1 du
traitement et une fois le jour 2. Au jour 2 du traitement, le patient
est confus, a de la difficulté à suivre du regard
linterlocuteur. Au jour 3, le patient est désorienté
de façon plus importante, surtout dans lespace. Il
a des hallucinations visuelles, il voit des mouches et ses propos
sont désorganisés. Au jour 4, le tableau est sensiblement
le même. Le tableau clinique revient rapidement à la
normale lorsque lantibiotique est cessé ce jour 4.
Il y a ici la possibilité de facteurs confondants par ladministration
dhydromorphine et de scopolamine. Il ny a pas eu de
pic fébrile.
Dans les deux cas, il sagit de patients dont létat
général est dégradé et qui viennent
de passer à travers une longue période de soins intensifs
avec un syndrome dimmobilisation consécutif. Il y a
donc possibilité de plusieurs facteurs confondants. Les paramètres
des fonctions hépatiques, pancréatiques et rénales
de ces deux patients sont dans les limites normales pour la période
considérée. Des effets similaires ont été
rapportés pour dautres macrolides, notamment la clarithromycine
(2,3). Des observations supplémentaires sont donc nécessaires
pour confirmer ces deux coïncidences cliniques, assez similaires
à celles rapportées avec la clarithromycine.
Sources de références
1. Mandell GL, Bennett JE, Dolin R. Principles and
practice of infectious diseases. 5th ed. Philadelphia: Churchill
Livingstone; 2000. p 373.
2. Warren A. Clarithromycina precipitant for
acute psychotic stress. Psychosomatics 2000;41:539.
3. Mermelstein HT. Clarithromycin-induced delirium
in a general hospital. Psychosomatics 1998;39:5402.
François Sirois, MD
Sainte-Foy, Québec
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