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Article de synthèseL’insertion au travail de personnes souffrant d’une maladie mentale : analyse des caractéristiques de la personne
De nombreux auteurs ont souligné les difficultés que les personnes atteintes de troubles mentaux graves pouvaient rencontrer lors de leur insertion au travail (18). Ces difficultés se traduisent par un pourcentage élevé de chômage qui peut atteindre 80 % chez cette clientèle (911). Malgré limplantation de programmes de soutien en emploi, reconnus comme étant une pratique fondée sur des données probantes en vue daider cette clientèle à obtenir et à maintenir un emploi (1219; Corbière et Goldner, étude en cours), le pourcentage des résultats dinsertion au travail issus de ces services plafonnent en général à un taux de réussite de lordre de 40 % à 60 % (20). Il en résulte que de nombreux auteurs sinterrogent quant aux caractéristiques individuelles qui pourraient intervenir dans le processus dinsertion au travail de personnes souffrant de troubles mentaux graves (21,22). Dans cette dernière veine de recherche, plusieurs catégories de variables étudiées ont été prises en compte pour tenter dexpliquer linsertion au travail de cette clientèle, mais ont été en général considérées de façon exclusive. Les variables sociodémographiques et le diagnostic psychiatriqueDans leur revue des études portant sur la relation entre le diagnostic psychiatrique et les résultats dinsertion au travail, Cook et Razzano (23) mentionnent que la plupart des résultats ne sont pas en faveur des personnes atteintes de schizophrénie. Cependant, une méta-analyse (22) réalisée sur 17 études, dont lobjectif était dévaluer la relation entre les variables sociodémographiques (sexe, âge et race), le diagnostic psychiatrique et les résultats dinsertion en emploi, montre que les effets de taille sont minimes. Des études plus récentes révèlent aussi que les variables comme lâge, le sexe, létat civil, lappartenance à un groupe ethnique particulier, le niveau dinstruction, le diagnostic psychiatrique, lâge de la première hospitalisation psychiatrique et labus de drogues ne permettaient pas de distinguer les personnes qui obtenaient un emploi de celles qui nen décrochaient pas (2426). Cook et Razzano (23) observent que les résultats empiriques peuvent parfois paraître contradictoires et stipulent quune des raisons principales de ces divergences peutêtre due au type de résultats ciblés, lequel est souvent représenté par un seul indicateur dinsertion au travail. Ils suggèrent donc den évaluer plusieurs selon la qualité et la quantité de travail fournies. Quant à la situation financière de la personne souffrant dune maladie mentale, divers auteurs préconisent détudier les bénéfices indirects reliés aux incapacités ou handicaps, car ces derniers pourraient représenter un frein à lentrée sur le marché du travail ou encore restreindre le choix dexercer un travail compétitif à temps plein (2730). Dailleurs, Resnick et collaborateurs (28) montrent que laide financière publique est un prédicteur négatif de lemployabilité. Les variables cliniques et cognitivesCook et Razzano (23) mentionnent quil est important dévaluer lintensité et le type de symptômes associés à un trouble psychiatrique particulier pour prédire les résultats dinsertion au travail. Cependant, Green et collaborateurs (31) précisent que les symptômes positifs et négatifs de la schizophrénie sont considérés dans les études recensées, mais sont peu ou pas corrélés avec le fonctionnement de la personne. Dautres études révèlent que ce ne sont pas tant les symptômes positifs de la schizophrénie, mais plutôt les capacités cognitives des personnes qui sont les principaux déterminants de lemployabilité (3235). Pour tenter déclaircir ces divergences, létude de McGurk et Mueser (20) a comparé les scores cognitifs et cliniques de personnes souffrant dune maladie mentale grave en fonction de leur statut demploi. Les auteurs mentionnent que le groupe de personnes recevant un soutien à leur emploi présentait des scores plus faibles lorsque comparé au groupe travaillant de façon autonome, avec des différences significatives tant au niveau de la mémoire de travail qu à celui des symptômes positifs (20). Dautres auteurs soulignent que ce sont avant tout les capacités cognitives de la personne qui représentent le principal déterminant de lexercice dun travail (3235). En ce sens, Green et collaborateurs (31) précisent, à partir de leur méta-analyse, quentre 20 % et 60 % de la variance des résultats de fonctionnement de la personne dans la collectivité peuvent être expliqués par les dimensions cognitives. En ce qui concerne les éléments cognitifs les plus saillants, on note la mémoire exécutive, la fluidité verbale et lattention vigilance (31,35). Une étude plus récente, qui va à lencontre de ces résultats et dans laquelle 150 personnes souffrant de troubles mentaux graves inscrites à des programmes de réinsertion au travail ont été évaluées sur les m êmes capacités cognitives, ne permettait pas de distinguer les personnes qui obtiendraient un emploi compétitif après un an et 2 ans de suivi (24). Les variables reliées à la notion de travailLuzzo et McWhirter (36) mentionnent que m ême lorsque la personne démontre des intér êts pour un champ professionnel particulier, elle aura vraisemblablement des difficultés à les développer si elle perçoit dimportants obstacles à obtenir un emploi dans ce domaine. Daprès différents auteurs, une personne qui a un sentiment defficacité élevé pour surmonter des obstacles éventuels présente une plus grande probabilité de sengager à tenter de les contrecarrer et, par conséquent, les dépasser (36,37). Dailleurs, Regenold et collaborateurs (21) montrent dans leur étude que les personnes ayant des problèmes de santé mentale qui présentent un niveau élevé de sentiment defficacité sont plus enclines à atteindre leurs objectifs professionnels. Comme le précise Bandura (38), lune des sources du sentiment defficacité pour accomplir une tâche spécifique est reliée aux expériences antérieures dans ce m ême domaine. Dans ce sens, certaines études montrent que les antécédents socioprofessionnels expliquent de 20 % à 60 % de la variance de lobtention dun emploi ou encore sont significativement corrélés à latteinte dobjectifs professionnels (3941). Les variables psychosocialesLe soutien social reçu par les personnes, pour ce qui est de la fréquence et de la qualité, conduit à un meilleur taux dembauche (42,43). Dautres auteurs mentionnent que les personnes qui ont moins de facilité à obtenir un emploi sont celles qui concentrent leur attention sur les obstacles externes à leur insertion en emploi, comme les préjugés potentiels envers les personnes atteintes dune maladie mentale ou encore les attitudes négatives des employeurs (25,44,45).A partir de leurs résultats, Secker et collaborateurs (44) émettent lhypothèse quil serait fort probable que ces m êmes personnes perçoivent peu dencouragement de leurs proches à les inciter à entrer sur le marché du travail. A notre connaissance, aucune étude na intégré de façon systématique lensemble des différentes caractéristiques de la personne souffrant dune maladie mentale en vue de comprendre son insertion au travail. Nous proposons donc détudier, au sein dune seule étude, les déterminants individuels de linsertion au travail comme les variables sociodémographiques, psychosociales, cliniques et cognitives ainsi que celles reliées au domaine du travail et ce, selon différents indicateurs dinsertion au travail. MéthodeDéroulement de létude La recherche était prospective avec collecte de données au moment de linscription des participants à un des 8 organismes de réinsertion au travail ciblés, puis 9 mois après cette inscription. Ladministration des questionnaires a été effectuée lors de linscription de la personne à lun de ces organismes. Neuf mois après la première entrevue, les participants de létude étaient contactés par téléphone (entrevue de 15 à 20 minutes) pour déterminer leur statut demploi. Organismes de réinsertion au travail Huit organismes de la région de Montréal ont été retenus pour le recrutement des participants à cette étude. Le choix de ces organismes a été fait en fonction des services quils offrent en employabilité pour la clientèle souffrant de maladie mentale, cest-à-dire préparatoires à lemploi. Participants Neuf mois après leur inscription à un programme de réinsertion au travail, 202 personnes, cest-à-dire 79,5 % de léchantillon initial (n = 254), ont répondu à lentrevue téléphonique. Léchantillon ayant répondu aux 2 phases de létude était composé dune proportion presque égale de femmes (55 %) et dhommes (45 %) dont la moyenne dâge était de 38 ans (É.T. = 8,68). La grande majorité des participants étaient dorigine canadienne française et blanche, et près des 2 tiers de léchantillon étaient célibataires (Tableau 1).
A propos de leur diagnostic psychiatrique, plus des 2 tiers présentaient soit un trouble de lhumeur (38,6 %), soit étaient atteints de schizophrénie ou dautres troubles psychotiques (19,8 %) ou encore souffraient de troubles anxieux (10,9 %). En ce qui concerne leurs antécédents de travail, presque 2 tiers (60,8 %) des personnes navaient pas travaillé pendant une période inférieure à 2 ans.A propos de leur situation financière, environ un tiers percevait une aide financière, dont 88 % provenait du bien- être social offert au Québec. Les questionnaires et tests cognitifs La batterie de questionnaires et de tests cognitifs est répartie en 4 catégories : 1) travail (voir Tableau 2,4648), 2) psychosociale (Tableau 3, 4952), 3) clinique (Tableau 4, 53) et 4) cognitive (Tableau 5, 5456). Le nombre dénoncés, léchelle de réponse, la moyenne et les écarts types ainsi que les indices de cohérence interne (57) pour chacune des échelles des questionnaires sont indiqués dans les tableaux, lorsque ces critères sappliquent. Par exemple, la mesure des stratégies de recherche demploi comprend 14 stratégies comme « envoyer votre curriculum vitae à un ou plusieurs employeurs ». Le premier score représente le nombre de stratégies de recherche demploi que la personne a utilisées dans les 9 derniers mois. Cette mesure a été tirée dun projet qui portait sur linsertion au travail de finissants en ingénierie (58) et a été adaptée aux personnes souffrant dune maladie mentale.A linstar de Castra (59), une nouvelle sous-échelle a été construite; il sagit de lengagement vers le travail. Cette mesure a été conçue en fonction de lutilisation de certaines stratégies de recherche demploi reconnues comme étant engageantes vers le travail.
Les analyses statistiques Elles consistaient à comparer les résultats des personnes aux questionnaires et aux tests selon plusieurs variables inhérentes à linsertion socioprofessionnelle. Les indicateurs sont comme suit : 1) lexercice ou non dune activité de travail (tous types demploi confondus), 2) lobtention dun emploi compétitif ou pas demploi, 3) le niveau dindépendance autonomie au travail (continuum en 9 points, 1 = activité de travail dans un atelier protégé à 9 = emploi strictement indépendantcompétitif), 4) le délai pour débuter un emploi (nombre de jours après linscription à un organisme de réinsertion au travail) et 5) le nombre dheures travaillées par semaine (de 1 à 60 heures). Pour les 2 premières variables dépendantes de type dichotomique, des analyses de régression logistique (méthode : ForwardWald) ont été conduites. Pour ce qui est des 3 dernières variables dépendantes, des analyses de régression linéaire (méthode : stepwise) ont été réalisées. Pour chacune des analyses de régression, les variables indépendantes étaient regroupées selon 5 grandes catégories : sociodémographique, travail, psychosociale, clinique et cognitive (Tableaux de 1 à 5). Par la suite, les variables de chaque catégorie qui se révélaient significatives étaient retenues et regroupées pour vérifier quelle variable, quelle que soit sa catégorie dappartenance, était la plus significative. Enfin, puisquil est difficile dinterpréter des variables indépendantes discrètes dans des analyses de régression linéaire, des analyses de comparaison de moyennes de type test t et des analyses de variance ont permis de pallier cette difficulté. RésultatsSur 202 personnes contactées par téléphone, 9 mois après leur inscription à un organisme de réinsertion au travail, 108 (54 %) ont exercé une ou plusieurs activités de travail (79 personnes = 1 emploi à 7 personnes = 3 emplois) contre 84 personnes qui nont pu sinsérer sur le marché du travail. Sur ces 108 personnes, environ 70 % ont occupé un emploi de type compétitifautonome avec ou sans soutienaccompagnement, alors que 18 % ont exercé un emploi de type transitionnel et 12 % travaillaient dans un atelier protégé ou avaient travaillé occasionnellement. La Figure 1 nous renseigne sur le classement des activités de travail selon un continuum dautonomie au travail (1 = atelier protégé à 9 = emploi strictement indépendant compétitif).
Résultats des régressions logistiques Lorsque la personne ne reçoit pas daide financière (b = 0,76), que la durée de son absence du marché du travail est plus courte (b = 0,26) et que son engagement vers le travail est plus soutenu (b =0,66), elle augmente alors ses chances dexercer une activité de travail (Tableau 6).
En ce qui concerne « lobtention dun emploi strictement indépendant/compétitif », les résultats montrent, dune part, que ce sont les m êmes prédicteurs qui ressortent, comme laide financière, la durée dabsence du marché du travail et lengagement vers le travail, lesquels présentent respectivement des coefficients b de 1,18, 0,43 et 0,89. Dautre part, une variable additionnelle reliée au travail émerge significativement dans le modèle de prédiction, cest-à-dire lintention dobtenir un emploi sur le marché régulier du travail avec un coefficient b de 0,30 (Tableau 6). Lorsque les prédicteurs significatifs sont regroupés , il est possible de noter, dune part, que lengagement vers le travail est la seule variable qui permet de prédire lexercice dun emploi (variance égale à 18 %). Dautre part, lengagement vers le travail, la durée dabsence du marché du travail ainsi que laide financière reçue augmentent de façon significative la variance de lobtention dun emploi compétitif (variance cumulée égale à 35 %). Résultats des régressions linéaires et des tests de comparaison de moyennes Les variables significatives qui ressortent pour expliquer la variance de lautonomie en emploi sont : une durée dabsence du marché du travail moins élevée (b = 0,25), des niveaux de sentiment defficacité plus élevés dans la recherche demploi (b = 0,22) et pour faire face aux obstacles reliés au manque de compétence et de confiance en soi (b = 0,23) ainsi quun engagement vers le travail plus soutenu (b = 0,20) (Tableau 7).
Lorsque toutes les variables significatives sont regroupées, le « sentiment defficacité dans la recherche demploi » et la « durée dabsence du marché du travail » expliquent à elles seules 8 % de la variance de lautonomie en emploi. De plus, les personnes qui reçoivent une aide financière ont généralement un emploi de type transitionnel alors que les personnes qui en sont dépourvues ont tendance à occuper des emplois de type compétitif (t = 3,27, dl = 107, P < 0,001). Pour ce qui est de la variance du délai pour débuter un emploi, 3 variables se révèlent significatives: Un nombre plus élevé de stratégies de recherche demploi utilisées (b = 0,30), un nombre moindre dhospitalisations (b =0,43) et une plus grande fluidité verbale (b = 0,20). Lorsque les variables sont regroupées, seule celle qui est propre au nombre dhospitalisations dans la dernière année (R2 = 21 %) reste dans le modèle de prédiction (Tableau 7). Par ailleurs, les personnes atteintes de schizophrénie ou dautres troubles psychotiques mettent significativement moins de temps à exercer une activité de travail (M = 82 jours) comparées à celles qui sont atteintes dun trouble de lhumeur (M = 131 jours; F2,80 = 3,22; P < 0,05). Enfin, le délai pour débuter un emploi (t = 2,02, dl = 107, P < 0,05) est moindre chez les hommes (M = 108 jours, É.T. = 65,95) que chez les femmes (M = 136 jours, É.T. = 75,13). Quant à la prédiction du nombre dheures de travail effectuées par semaine, 3 variables ressortent comme étant significatives : un nombre plus élevé dheures de travail souhaitées par semaine (b = 0,54), un plus grand sentiment defficacité pour faire face aux obstacles reliés à la santé (b = 0,23) et un soutien plus faible reçu par la famille (b = 0,23). Lorsque les variables sont prises ensemble, la seule qui est significative et qui reste dans le modèle de prédiction est le nombre dheures de travail souhaitées par semaine (Tableau 7). Qui plus est, le nombre dheures de travail effectuées par semaine est moindre (t = 2,03, dl = 100, P < 0,05) chez les femmes (M = 29,49 heures, É.T. = 9,74) que chez les hommes (M = 33,44, É.T. = 9,87). On note aussi que les personnes qui perçoivent une aide financière travaillent moins dheures par semaine (M = 23,29; É.T. = 11,05) que celles qui nen reçoivent pas (M = 33,91; É.T. = 8,07) (t = 5,20, dl = 100, P < 0,001). DiscussionLobjectif principal de cette étude prospective visait lanalyse systématique des caractéristiques individuelles de linsertion au travail de personnes souffrant dune maladie mentale. En premier lieu, les résultats indiquent que plus de la moitié des participants (n = 108, 53,4 %) ont exercé au moins une activité de travail durant la période de 9 mois qui a suivi leur inscription à un programme de réinsertion au travail. De cette proportion active sur le plan du travail, plus des 2 tiers obtenaient un emploi compétitif, avec ou sans soutien, sur le marché régulier du travail. Il est intéressant dobserver que ces programmes de réinsertion au travail atteignent des résultats similaires à ceux obtenus dans les programmes de soutien en emploi, lesquels sont reconnus comme étant une pratique fondée sur des données probantes (1416,20,60). En ce qui concerne lexercice dune activité de travail et lobtention dun emploi compétitif, lengagement vers le travail explique près de 20 % de la variance de ce premier indicateur et une probabilité 2 fois plus élevée de décrocher un emploi compétitif (risque relatif = 2,43). Ces résultats corroborent ceux de Castra (59) qui stipule que les publics précaires qui se trouvent dans un processus dinsertion en emploi et qui démontrent un engagement soutenu dans leur recherche demploi augmentent leur chance demployabilité. Cependant, contrairement à la revue de documentation de Castra (59), qui soutient la faiblesse ou labsence de liens entre les intentions ou projets de la personne et ses actions, il appert que les résultats de notre étude étayent la probabilité de lobtention dun emploi compétitif lorsque la personne a aussi lintention den obtenir un (risque relatif de 1,35). Pour ce qui est de lautonomie en emploi et du nombre dheures effectuées par semaine, on observe que lorsque la personne a un plus grand sentiment defficacité pour surmonter des déficits perçus dans ses compétences ou sa confiance en soi, elle a tendance à occuper des postes de travail plus autonomes. De m ême, quand les personnes perçoivent quelles ont un certain contrôle sur leur santé, elles augmentent leur chance de travailler à temps plein. On note aussi que le nombre dheures de travail désiré explique 27 % de la variance du nombre dheures de travail réelles. En loccurrence, lapproche qui préconise une orientation dirigée ou centrée sur les besoins du client semble tout à fait justifiée. Quant à la prédiction du délai pour débuter un emploi, on observe que contrairement aux autres indicateurs dinsertion au travail, la plupart des variables sont associées aux aspects cognitifs (fluidité verbale plus faible), au plus grand nombre dhospitalisations psychiatriques précédant lannée de linscription à un programme de réinsertion au travail et au diagnostic psychiatrique (en faveur des personnes souffrant de troubles psychotiques). Il est important de préciser que ces derniers résultats montrent que les déterminants inhérents aux aspects cliniques et cognitifs ralentissent le processus dinsertion en emploi de la personne, mais ninterviennent pas pour prédire lobtention effective dun emploi compétitif. Si lon regarde plus attentivement les variables sociodémographiques, on constate que la durée dabsence du marché du travail ainsi que laide financière reçue contribuent aussi de façon significative à la prédiction de lexercice dune activité de travail et à lobtention dun emploi compétitif. En introduction, nous avons vu que différents auteurs présentaient des résultats similaires oj les antécédents de travail de la personne atteinte dune maladie mentale étaient le prédicteur le plus significatif de linsertion au travail (3941). Quant aux résultats de Resnick et collaborateurs (28), ils montraient que laide financière publique était un prédicteur négatif de lemployabilité, dont les risques relatifs correspondent à ceux de notre étude (risque relatif de lordre de 0,31 et 0,47 selon lindicateur ciblé). Dans cette veine, Latimer et Lecomte (27, p. 258) soulèvent des questions importantes concernant les personnes souffrant de problèmes graves de santé mentale, dont lune est ainsi formulée : Quels sont les avantages, sur le plan des revenus de travailler en milieu régulier? Cette question persiste lorsquon observe que les personnes recevant une aide financière ont une plus faible probabilité doccuper un emploi compétitif (risque relatif de 0,31). De plus, ces m êmes personnes travaillent en moyenne 23 heures par semaine alors que celles sans aide financière travaillent à temps plein (moyenne de 34 heures). Il est important de souligner que lassistance sociale du Québec (comme dautres provinces canadiennes) nencourage pas et (ou) ne facilite pas le processus de retour en emploi à temps plein pour cette clientèle. En effet, si la personne aux prises avec une maladie mentale et notamment avec un statut de contraintes temporaires ou sévères à lemploi, qui décide de travailler à temps plein, perd tout dollar supérieur au seuil du taux de revenu de travail exclu par le statut social quelle occupe (soit 200 dollars au maximum). Par ailleurs, si la personne décide de travailler à temps plein en abandonnant son statut social et quelle rechfte (problèmes de santé mentale) après un certain nombre de mois de travail, la personne devra franchir de nombreuses étapes administratives afin de retourner éventuellement au statut social quelle occupait. En loccurrence, il semblerait que lalternative la mois cofteuse (délais administratifs) et la moins risquée (peur dune rechfte et peur d être jugée) pour cette clientèle serait de travailler à temps partiel. Un résultat contre-intuitif est celui qui est relié au diagnostic psychiatrique. M ême sils font lobjet de nombreuses controverses, certains auteurs soulignent que les personnes atteintes de schizophrénie ont plus de difficulté à décrocher un emploi, comparativement à dautres diagnostics psychiatriques (22,23); alors que dans la présente étude, ce sont les personnes souffrant dun trouble de lhumeur qui tendent à sinsérer moins rapidement sur le marché du travail. De nouveau, on note limportance de considérer différents indicateurs dinsertion au travail pour identifier les déterminants les plus saillants. Sur le plan psychosocial, les résultats montrent que les personnes qui reçoivent un soutien de la part de leur famille sont également celles qui travaillent moins dheures par semaine. Si lon regarde plus attentivement les items de léchelle de Turner sur la dimension familiale, on observe que la majorité des items renvoient à la disponibilité de la famille à répondre aux difficultés que le participant pourrait rencontrer (p. ex. les membres de ma famille maident à résoudre mes problèmes, quoi quil arrive). Il est alors possible que le soutien de la famille puisse être perçu par la personne comme une panacée à tous ses problèmes et, par conséquent, devenir un obstacle à sa pleine autonomie socioprofessionnelle; ce qui pourrait expliquer la relation négative entre le nombre dheures de travail effectuées par semaine et le soutien reçu par la famille. En ce qui concerne les aspects cliniques, comme la présence et la gravité des symptômes psychiatriques, cette étude ne montre aucun lien significatif avec les indicateurs dinsertion au travail. Ces résultats soutiennent ceux de létude de Mueser et collaborateurs (18) dans laquelle on note quau suivi des personnes souffrant dune maladie mentale à 6, 12 et 18 mois, les symptômes évalués au départ nétaient pas reliés au statut de travail. Deux nouvelles questions se posent ici : serait-il préférable dévaluer les symptômes à différents intervalles du processus dinsertion afin davoir une évaluation plus précise des aspects cliniques de la personne ? Est-ce que les variables cliniques pourraient davantage prédire le maintien en emploi plutôt que lobtention dun emploi? Les limites de létude se situent à 2 niveaux. Au premier, les déterminants de linsertion au travail sont exclusivement reliés aux caractéristiques de la personne alors quil est également important dévaluer la qualité des services offerts à la personne (61). Au deuxième niveau, il est crucial dobserver le maintien en emploi des personnes qui souffrent dune maladie mentale, puisque de nombreuses études mentionnent que ce dernier est bref (41,6264). En conclusion, cette étude a permis de dégager de façon systématique et intégrée les déterminants individuels de linsertion au travail de la personne souffrant dune maladie mentale et ce, en tenant compte de divers indicateurs dinsertion au travail. Les résultats révèlent que les variables de type travail (p. ex. engagement vers le travail) et sociodémographiques (p. ex. aide financière reçue) sont en général plus saillantes pour prédire les différents indicateurs dinsertion au travail, comparées aux variables cliniques et cognitives. Sources des financementsCe travail a été financé par le programme conjoint Fonds de recherche en santéConseils québecois de la recherche socialMinistère de la Santé et Services sociaux (20012003). RemerciementsNous souhaitons remercier les organismes de réinsertion au travail qui ont accepté de participer au projet de recherche intitulé : Les parcours des personnes atteintes de troubles mentaux graves pendant et après un programme de réintégration au travail : une étude prospective, et nous pensons plus particulièrement à Accès-Cible, Arrimage Montréal, Arrimage Laval, Atelier dartisanat centre-ville, Centre dapprentissage parallèle, Programme Perspectives de lhôpital Louis-H Lafontaine, Projets Part, SDEM de Longueil ainsi que le Comité santé mentale et travail de Montréal. Nous tenons aussi à remercier les 254 personnes inscrites à lun de ces organismes qui ont consenti à participer à cette recherche. Bibliographie1. Bachrach LP. Perspectives on work and rehabilitation. Hosp Community Psychiatry 1991;42:8901. 2. Bassett J, Lloyd C, Bassett H. Work issues for young people with psychosis: barriers to employment. British Journal of Occupational Therapy 2001;64:6672. 3. 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Adresse de correspondence : Dr M Corbière, Institute of Health Promotion Research, University of British Columbia, Library Processing Centre, 2206 East Mall, Room 414, Vancouver, BC V6T 1Z3 e-mail: corbiere@interchange.ubc.ca 1 | 2 |
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